Le 60 rue des Frères Flavien, dans le 20e arrondissement de Paris, abrite la Résidence Albin Peyron, un centre d’hébergement géré par la Fondation de l’Armée du Salut. Cette adresse concentre plusieurs missions : accueillir des personnes en difficulté sociale, les héberger et les accompagner vers une réinsertion durable. Elle héberge aussi, depuis peu, un tiers-lieu ouvert sur le quartier.
Un double dispositif au 60 rue des Frères Flavien : hébergement et tiers-lieu
La Résidence Albin Peyron fonctionne comme un centre d’hébergement d’insertion (CHI). Sa mission première est d’offrir un toit stable à des personnes isolées ou en rupture, orientées par le dispositif d’hébergement d’urgence ou les services sociaux parisiens.
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À l’intérieur de ce même bâtiment, un projet distinct a pris forme : le Toutéla. Lauréat en 2022 du budget participatif de la Ville de Paris, ce tiers-lieu inclusif est géré par la Compagnie du 20e, une entreprise à but d’emploi (EBE) créée dans le cadre de l’expérimentation Territoire Zéro Chômeur de Longue Durée (TZCLD).
Le Toutéla accueille le public du mardi au jeudi, de 11h à 17h. Ses espaces se répartissent en plusieurs pôles :
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- Une cantine solidaire et antigaspillage, accessible sur réservation, qui propose des repas à prix réduit préparés à partir d’invendus alimentaires.
- Un espace numérique appelé « la Toile », destiné à l’accompagnement aux démarches en ligne et à la réduction de la fracture numérique.
- Un atelier créatif, « la Fabrique », et deux salles polyvalentes (la Capsule et le Vaisseau) ouvertes à la location pour les associations, entreprises et habitants du quartier.
Cette cohabitation entre un centre d’hébergement et un lieu ouvert sur le quartier constitue l’originalité du site. Les résidents côtoient des habitants venus déjeuner ou participer à un atelier, ce qui rompt avec le fonctionnement cloisonné habituel des structures d’hébergement social.

Publics accueillis à la Résidence Albin Peyron : profils et conditions d’admission
La résidence accueille des personnes en difficulté sociale, un terme volontairement large dans le cadre réglementaire français. Concrètement, il s’agit majoritairement d’hommes isolés sans domicile fixe, orientés via le 115 (numéro d’urgence sociale) ou les plateformes de veille sociale parisiennes.
L’admission ne se fait pas en accès libre. L’orientation passe systématiquement par les services intégrés d’accueil et d’orientation (SIAO), qui évaluent la situation de chaque personne avant de proposer une place en centre d’hébergement d’insertion. Ce filtre institutionnel signifie qu’on ne peut pas se présenter directement au 60 rue des Frères Flavien pour demander une chambre.
Le principe d’accueil inconditionnel, défendu par la Fondation de l’Armée du Salut, implique que la structure ne refuse personne sur la base de sa nationalité, de sa situation administrative ou de ses addictions. En revanche, la disponibilité des places reste le facteur limitant, comme dans la plupart des centres d’hébergement parisiens.
Accompagnement social au 60 rue des Frères Flavien : au-delà de l’hébergement
L’hébergement d’insertion se distingue de l’hébergement d’urgence par une dimension d’accompagnement structuré. À la Résidence Albin Peyron, cela prend plusieurs formes.
Chaque résident bénéficie d’un suivi social individualisé. Un référent accompagne la personne dans ses démarches : accès aux droits (couverture santé, minima sociaux), recherche d’emploi ou de formation, et préparation à l’accès au logement autonome. L’objectif est de construire un parcours de sortie de la rue, pas seulement de fournir un lit.
Depuis 2024-2025, la Fondation de l’Armée du Salut a renforcé un axe spécifique de réduction des risques liés aux addictions. Cet accompagnement, qui s’appuie sur le principe d’accueil inconditionnel, ne conditionne pas l’hébergement à l’abstinence. Il propose plutôt des actions de sensibilisation et une orientation vers des structures spécialisées.
Le tiers-lieu Toutéla joue aussi un rôle dans l’accompagnement, même s’il n’est pas un service social à proprement parler. L’accès à l’espace numérique permet aux résidents de réaliser des démarches administratives dématérialisées, un besoin devenu critique depuis la numérisation massive des services publics.

Maraudes et actions hors les murs dans le 20e arrondissement de Paris
La Résidence Albin Peyron ne fonctionne pas en vase clos. Depuis 2024, la Fondation de l’Armée du Salut en Île-de-France a renforcé ses dispositifs mobiles d’aide aux sans-abri dans Paris et les communes limitrophes, avec des maraudes aux horaires stabilisés et des distributions de petits-déjeuners et produits de première nécessité.
Ces actions « hors les murs » visent à toucher des personnes qui ne fréquentent pas les centres d’hébergement, soit par méconnaissance, soit par méfiance envers les institutions. Le travail des équipes mobiles ne se limite pas à la distribution alimentaire : il inclut une orientation vers les dispositifs de droit commun (santé, droits sociaux, hébergement).
Le 20e arrondissement, où se situe la résidence, fait partie des secteurs concernés par ce renforcement. La proximité entre le pôle sédentaire du 60 rue des Frères Flavien et les parcours de maraude crée une continuité dans la prise en charge : une personne repérée lors d’une maraude peut être orientée vers la résidence ou le tiers-lieu.
Territoire Zéro Chômeur et insertion par l’emploi : le rôle de la Compagnie du 20e
Le Toutéla est indissociable de l’expérimentation TZCLD. La Compagnie du 20e, qui gère le tiers-lieu, embauche en CDI des personnes durablement privées d’emploi et résidant dans le périmètre du territoire concerné.
Ce modèle repose sur une idée simple : le coût de la privation d’emploi dépasse celui de la création de postes utiles à la collectivité. Les salariés de l’EBE assurent le fonctionnement quotidien du Toutéla (cantine, accueil, animation des espaces) tout en retrouvant un cadre professionnel stable.
Pour les résidents de la Résidence Albin Peyron, cette proximité avec une structure d’insertion par l’emploi représente un levier concret. Les retours terrain sur ce type de cohabitation restent encore limités, les données disponibles ne permettant pas de mesurer précisément l’impact sur les parcours individuels. Le dispositif TZCLD lui-même fait l’objet d’évaluations nationales dont les conclusions définitives ne sont pas encore publiées.
Le 60 rue des Frères Flavien concentre ainsi plusieurs strates d’intervention sociale sur un même site : hébergement, accompagnement individualisé, accès au numérique, restauration solidaire et insertion professionnelle. Cette superposition n’est pas un hasard, mais le résultat de choix institutionnels convergents entre la Fondation de l’Armée du Salut, la Ville de Paris et l’expérimentation TZCLD. La question ouverte reste celle de la pérennité de ces financements croisés dans un contexte budgétaire tendu pour l’action sociale parisienne.

